• MOI SANS TOI ...

    Nous avions à peine 20 ans et le coeur insouciant .... nous formions, comme beaucoup d'amis à l'époque, des milliers de projets, entre sérieux et liberté.

    J'avais obtenu le droit, cet été-là, d'organiser librement mes vacances ... les premières pour moi sans "surveillance", et nous avions décidés de profiter du soleil et des plages du Midi, puis de l'Italie.

    Comme j'ai été heureuse cette année-là avec toi, Laurent ! ... C'était l'Amour découverte, l'Amour innocent.

    J'aimais regarder le soleil se coucher, en fin de soirée, pour m'endormir ensuite dans tes bras, face au ciel étoilé. Au réveil, j'avais pris l'habitude de noter sur un petit carnet les rêves dont je me souvenais. C'est pour cette raison que tu m'avais rebaptisé "Rêves de Plume".

    Je n'aurais jamais imaginé que mon rêve se transformerait en cauchemar, si peu de temps après. Tu m'as involontairement laissé dans la solitude, à quelques jours de notre fin de séjour.

    Le courant t'a emporté sans que tu puisses lutter ... Depuis je me méfie de la mer et de ses rochers.

    MOI SANS TOI ...

    Il m'a fallu beaucoup de temps pour accepter !

    Je croyais avoir surmonté ton absence, jusqu'à ce que quelques accords de guitare me ramène à la mémoire le douloureux souvenir de notre histoire.

    Parcourant par la pensée cette plage, j'ai regardé danser sur le ciel étoilé de mon âme les images de notre passé ... Nos clins d’œil, nos fous-rire, ce désir infini, ces fugaces mais pourtant si intenses éclats de vie qui restent tatoués pour toujours, sur mon coeur, en filigrane.

    Porté par la musique mon âme, pour un trop court instant, s'évade et te rejoint, en silence et retrouve, te redécouvre et t'étreint, et ramène à l'abri de mon jardin secret ce pur moment de bonheur, au goût d'éternité ...

    Tant il est vrai que certaines absences ne se comblent jamais tout à fait.

    MOI SANS TOI ...

     

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  • UN GALET DISAIT A UN ROCHER....

    Un petit galet, ballotté au gré des vagues et des courants, disait à un rocher qui trônait majestueusement près d'une dune :

    "Tu en as de la chance, toi, de pouvoir rester fixe et de défier l'océan."

    Le rocher soupirait dans le même temps : 

    "De quoi te plains-tu, galet ! Toi au moins, tu voyages en toute liberté, comme bon te semble."

    Ainsi va la vie ! ... L'humain est rarement content de son sort !

    Jeune, il envie la stabilité des adultes, plus âgés et donc plus expérimentés que lui ... Puis vient le temps de la maturité, et il regrette souvent, sans franchement l'avouer, la liberté et certains voyages qu'il ne peut plus faire ... prisonnier d'une existence où les contraintes, rarement assumées, l'emprisonnent.

    Le secret du bonheur réside sans doute dans l'acceptation sereine de tous les aspects de sa vie ... le galet finissant souvent sa vie minérale fixé sur un rocher, ô combien sécuritaire.

    UN GALET DISAIT A UN ROCHER....

    UN GALET DISAIT A UN ROCHER....

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  • LA FEUILLE ET LA PLUME

    Ça y est ! Dans quelques minutes, mon rêve va devenir réalité.  Je vais enfin l'épouser .... J'ai tellement attendu ce moment !

    Ses frôlements, ses caresses avaient accompagné mes nombreuses nuits blanches ...

    Notre relation, tant elle avait commencé de manière platonique, m'a très longtemps paru chimérique. 

    J'avais alors confié mes espoirs à ma sœur la main, après avoir aperçu mon aimée chez mon mentor. Je suis tombé amoureux d'elle et j'ai voulu le lui faire savoir immédiatement ... lui griffonnant un message à la hâte.

    Celui-ci hélas, aussitôt écrit, avait été détourné, chiffonné... et s'était retrouvé éloigné, prisonnier d'une triste corbeille, loin de l'objet de ses pensées... et tout mon espoir s'est temporairement envolé.

    Jusqu'à ce que mon meilleur ami, l'imaginaire, peiné par mon silence, aille lui parler et lui confie mon secret.

    LA FEUILLE ET LA PLUME

    Ô merveille ! Mon amour était partagé ... et l'union que je désirais tant va se concrétiser. Mes deux témoins, l'écritoire et l'encrier, ont décidés de rester pour toujours à mes côtés.

    Je vais perdre sans regret ma virginité... et vous confierai, au retour de mon voyage de noces, la suite de mon histoire d'amour ...

    "Il était une fois ... Histoire d'une plume sur le papier ..."

    LA FEUILLE ET LA PLUME

     LA FEUILLE ET LA PLUME

     

     

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  • IL Y A DES VISAGES...

    Il y a des visages que l'on a croisé, enfant, et qui ressurgissent parfois des années plus tard, quand on ne s'y attend pas.

    Ce matin, en sortant mes chiens pour leur première promenade quotidienne, j'ai senti en passant près d'une fenêtre entrouverte une délicieuse odeur de pommes au caramel.

    Un parfum d'enfance a brusquement resurgi dans ma mémoire, accompagnant un visage familier, que je croyais oublié depuis longtemps.... Heureux souvenir !

    1974... C'était le mercredi, jour jadis férié pour les enfants.... jour de liberté aussi, même si celle-ci était discrètement encadrée par les parents. Vers les quatre heures et demie, une fillette potelée, aux cheveux mi-longs, châtains et ondulés, attendait avec impatience le passage de l'épicier.

    Ah ! ... La camionnette noire ... On entendait son moteur poussif de très loin ... bien avant son retentissant klaxon.

    IL Y A DES VISAGES...

    En plus, elle se garait sur la petite place, toute fleurie de lilas mauve en été. Son auvent s'ouvrait, et Monsieur Léon apparaissait.

    C'était alors un homme dans la force de l'âge. Son mètre 90 et sa carrure athlétique obligeait les enfants que nous étions alors à lever la tête pour le regarder. Il paraissait être un géant, le bon géant de certains contes de fées que les parents nous lisaient, avant qu'il ne fasse totalement noir et que vienne le sommeil.

    Il avait les yeux bleus foncés, où passaient quelques nuances d'émeraude. On aurait dit deux billes... de celles que se disputent les gamins dans la cour d'école, à la récréation, parce qu'elles sont rares ! Mais ce qu'il avait de plus beau, c'était son sourire. Un soleil de sourire qui réchauffait l'âme de quiconque s'approchait de lui.

    Un sourire franc et généreux, comme ses deux mains ouvertes, qui offraient toujours quelques morceaux de fruits aux enfants que nous étions.

    Ah ! Les pommes rouges et sucrées ! C'était un régal. Il n'en fallait pas plus pour nous tenter...

    Ce mercredi-là pourtant avait été moins heureux que les autres. Il y avait eu des tensions entre enfants... Certains répétant bêtement des phrases entendues dans leurs familles, et qui n'étaient pas toujours agréables pour certains camarades, moins avantagés par la vie.

    Fabienne, une petite fille de six ans, était particulièrement visée par la bêtise ambiante. Ses parents avaient, à quelques mois d'intervalle, perdus leurs emplois et, malgré les différentes aides obtenues, le budget familial devenait difficile à  gérer.

    Adieu vêtements "de marques" et autres babioles dont les jeunes étaient friands ! Tout était calculé au centime près.... même la nourriture.

    En cette fin d'après-midi, tous les habitants du quartier s'étaient donnés rendez-vous devant la camionnette de l'épicier. Les fruits de saison étaient bien tentants, malgré leurs prix élevés... Et chacun se laissait aller au plaisir de petits achats supplémentaires, pour contenter les enfants.

    La mère de Fabienne se mit dans la file... avec son unique billet de 20 francs. Quand vint son tour, elle acheta quelques légumes, un peu de pain et un tout petit morceau de fromage... mais aucun fruit, car ils étaient bien trop chers pour sa bourse. Elle régla ensuite ses achats et s'éloigna rapidement, le regard attristé par celui de sa fille qui, pourtant, ne lui avait rien demandé et qui était retournée lire, à l'ombre des grands arbres.

    Quelques minutes après, Margaux se planta devant elle, triomphante, une grosse pomme rouge dans la main.

    "En veux-tu un peu ?" dit-elle, en la lui tendant.

    IL Y A DES VISAGES...

    Au moment où Fabienne allait la saisir, Margaux recula lestement de quelques pas.

    "Trêve de plaisanterie ! continua-t-elle d'un ton cinglant. Ton estomac ne supporterait pas la délicatesse de ce fruit... Il n'y est visiblement pas habitué."

    Elle la défia du regard, heureuse de l'effet produit par l'allusion assassine... mais n'avait pas remarqué la présence de l'épicier, qui s'apprêtait à repartir mais était revenu silencieusement sur ses pas, en observant son attitude. Il attrapa son poignet, la forçant ainsi à se retourner et à lui faire face. Puis, il lui fit remarquer, d'une voix grave mais ferme :

    "Nul ne devrait se vanter de ses richesses ! Souvent d'ailleurs, la vie les fait varier... Prie le Bon Dieu de ne jamais devoir affronter une semblable situation... Ta fierté en souffrirait, crois-moi !"

    Et sans plus lui accorder d'attention, il s'avança vers Fabienne.

    "Rappelle ta maman s'il te plait, veux-tu ?"

    Et retournant à sa camionnette, il prit un cageot, le remplissant de pommes rouges et parfumées, puis attendit leur retour.

    "Tenez !" dit-il alors quand la mère revint, en lui mettant la caissette dans les bras. Et, pour éviter un refus teinté de gêne il continua, montrant le ciel que parcourait de lourds nuages gris :

    "L'orage s'en vient.... les fruits y résistent mal, et je n'aime pas le gâchis. Ces pommes sont aussi succulentes cuites que crues. Essayez donc !... Et la semaine prochaine, vous me donnerez votre avis."

    La camionnette s'éloigna quelques secondes plus tard... Et ce soir-là, une délicieuse odeur de tartes aux pommes caramélisées embauma la petite place.

    IL Y A DES VISAGES...

    Monsieur Léon continua de distribuer généreusement les surplus de fruits et légumes à certaines familles modestes des alentours... sans jamais se faire remarquer.

    Cinq ans plus tard, il prit sa retraite, et ne trouva aucun acquéreur pour son petit magasin de primeurs. La concurrence des grandes surfaces commençait, l'exode rural s'amorçait aussi... conséquence du chômage et de la précarité et signa la fin d'une période heureuse pour beaucoup de familles.

    Les hasards de la vie m'ont remis sur le chemin de cet homme, longtemps après... Suite au décès de sa femme, il était entré en maison de retraite, s'occupant encore du petit jardin, jusqu'à ce qu'une maladie dégénérative le prive de la vue.

    D'un caractère battant, il fit face à cet épreuve, prit de nouveaux repères... continuant ses petites promenades, aidé de sa canne quand le temps le lui permettait... discutant volontiers avec les résidents de son quartier et même avec les étrangers de passage.

    La dernière fois que je le vis, en 1990, Monsieur Léon profitait du soleil de fin d'été, confortablement assis sur son transat, le visage serein... son éternel sourire aux lèvres. Et je me rendis compte, en l'observant, que même morts, ses yeux bleus foncés me souriaient également encore...

    IL Y A DES VISAGES...

     IL Y A DES VISAGES...

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  • Après tant d'années d'errances et de bourlinguages, j'ai pu enfin souffler. Je n'aurais d'ailleurs jamais cru qu'une adoption pourrait être aussi facile et rapide, même si je sais que rien ne dure... J'avais un peu d'appréhension, mettez-vous à ma place ! Arriver en territoire inconnu et y faire son trou n'est pas chose aisée !

    Mais ma nouvelle famille m'a accueilli à bras ouverts, me faisant sentir à toute heure à quel point je lui étais devenu indispensable. Ça donne chaud d'être aimé à ce point là ! Je suis devenu leur petit prince.

    Aussi permettez que je vous les présente tous, en commençant par le plus jeune.

    Quel adorable petit "chou" qu'Anselme !

    Il ne voulait jamais se séparer de moi très longtemps, et j'aimais le contact de ses petits doigts potelés sur ma joue... Je partageais volontiers ses jeux et on s'amusait souvent avec l'eau, au grand désespoir de sa mère, mécontente de devoir régulièrement changer ses barboteuses.

    Les grands ne savent plus rire ! Je trouve ça dommage.

    Son père par contre m'a, je l'avoue, fait un peu peur la première fois que l'on s'est vu. Grand gaillard et quel tempérament, l'Yvan !

    Pas étonnant quand vous saurez qu'il était marin au long cours. Sans peur, il aimait raconter qu'il avait affronté, toujours en restant debout, les pires tempêtes en Mer de Chine ! Le canonnier, c'était son surnom.

    A mon avis, c'était surtout un grand vantard.

    Et sa femme, Francine ! Celle-là, quel beau bijou !

    Elle avait des formes à damner un saint, et rien que de la regarder me mettait en extase.... Qu'est-ce que je n'aurais pas donner pour que nos trop brèves étreintes s'éternisent....

    Je l'aimais tellement que j'en devenais jaloux quand Ludovic, son voisin, trouvait un prétexte pour venir la reluquer.

    Ah, croyez-moi celui-là, il valait le détour ! Sans cesse tiré à quatre épingles, et continuellement stressé. J'ai toujours eu du mal à le cerner. Il restait pourtant volontiers avec moi, mais son contact m'a toujours été pénible. Que de temps perdu, pour en fin de compte si peu de choses...

    Francine a eu un autre enfant avant Anselme... Charlotte, la beauté incarnée.C'est une fille canon, qui a beaucoup de succès.

    Tous les gars se battent pour ses beaux yeux... et le reste !

    Mais elle ne les voit pas la plupart du temps, plongée qu'elle est dans ses bouquins. Même si je n'y comprends rien, j'adore les moments où on est ensemble, rien qu'elle et moi. Elle me fait la lecture, et le temps s'arrête... Je pourrais rester des heures à la contempler, tout en l'écoutant.

    Malheureusement pour moi je ne suis, à ses yeux, qu'un confident platonique.

    Avec Charlotte, j'entrevois des mirages que je ne peux jamais saisir....

    Le plaisir, elle le prend avec d'autres, et je reste seul en guettant ses retours. Mais je ne suis pas rancunier ! Je sais qu'en secret, j'aurai toujours une place irremplaçable dans sa vie. Pour ça oui, c'est moi qui vous le dis !

    Comme le Raoul !

    Un fort en gueule toutes catégories, un fêtard qui ne sait pas se tenir en société ! Il a un net penchant pour les brunes, mais à trop les aimer, la tête lui tourne souvent, au sens propre comme au figuré.

    Plus d'une fois il a failli me renverser, tellement il était pressé d'arriver à ses fins. Non mais, quel sans-gêne !

    Et puis, y'a Jérémy ! Il me tourne autour depuis longtemps, mais s'esquive quand je lui fais comprendre qu'il pourrait éventuellement m'intéresser. Drôle de type que celui-là ! Il me fait des propositions évasives, qui restent souvent sans suite. Peut-être que mon approche, par trop directe, le gêne un peu...

    Le seul qui trouve grâce à mes yeux, Francine et Charlotte mises à part, c'est Henri. Quand tu le connais, tu ne peux que l'apprécier. Gros nounours débonnaire, jamais pressé, méticuleux ! Une crème de copain, comme on voudrait en avoir des dizaines.

    Attentionné, il se fend en deux pour ton plaisir. Alors, il est normal que je l'entoure, quand ça ne va pas. Et il sait, au fond, qu'il peut toujours compter sur moi. En fait, on est tellement proche que j'ai souvent l'impression qu'on ne fait qu'un.

    Eh bien voilà.... le tour est fait !

    Ah non, c'est vrai ! J'allais oublier Alphonsine !

    Dans mon for intérieur, je l'ai rebaptisé E.T. ... mais n'allez pas le lui dire !

    De toute façon, la pauvre, elle ne vous comprendrait pas. Elle est sourde à présent, et la plupart du temps perdue dans ses rêves d'antan.

    La regarder m'est insupportable !

    Le contact de sa peau flasque et sèche de crocodile me fait peur. Si je pouvais me sauver, je le ferais volontiers... mais je n'ai pas le choix ! Elle fait aussi partie de la famille.... Alors, de temps en temps, je fais semblant de rien, quand ses vieilles mains ridées s'attardent maladroitement sur ma joue. 

    Que voulez-vous ! Elle m'aime aussi, à sa manière. Ou devrais-je dire : "Ils m'aimaient tous !"

    Car le temps a passé.... qui m'a séparé d'eux pour toujours.

    J'ai encore une fois changé de foyer.... et mes nouveaux parents sont des antiquaires charmants. Intelligents, très cultivés, ils n'arrêtent pas de parler de moi, vantant ma disponibilité sans faille et mon indispensable utilité à tous ceux qui viennent les voir. 

    Mais j'ai beau avoir la mémoire de mon passé, je ne me souviens pas du château qui m'a vu naître, et dont ils parlent à tout propos.

    Je serais donc enfant de roi ? S'ils l'affirment, c'est sans doute vrai, pardi !

    A la vente aux enchères parisienne de demain, ils comptent bien, pour cette raison, me vendre à prix d'or.

    Après des siècles d'anonymat et d'oubli, je vais cette fois définitivement changer de vie.

    Avoir côtoyé les très grands de ce monde m'a plutôt bien réussi, ma foi !

    Pour un simple vase de nuit, finir à ce niveau, c'est vraiment avoir du pot !

    C'EST DÉCIDÉ, JE CHANGE DE VIE !

    Vase de nuit de Louis XIV         

     

     

     

     

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