• Cette légende date du 12ème siècle et a pour cadre le château de Touffou, situé dans le Poitou.

    LA LÉGENDE DE LA LOUVE BLANCHE DU CHÂTEAU DE TOUFFOU -  POITOU

    Géraud de Touffou, le châtelain de l'époque, était un fier chevalier qui avait ramené de ses périples de croisé une captive d'origine mauresque, dont il était tombé follement amoureux. Déracinée brutalement de son pays, elle accepte sous la contrainte de l'épouser et devient châtelaine du domaine poitevin.... tout en ruminant des idées de vengeance dans le secret de son âme, qui devint aussi noire que sa peau.

    Son mari en effet la délaissa bientôt et reprit le chemin des guerres et des croisades. La belle dame s'ennuya vite à mourir, d'autant plus que la rigueur du climat hivernal poitevin ne lui permettait guère de sortir longuement pour se changer les idées.

    Elle modifia néanmoins brutalement sa façon de vivre, quittant le château sur sa jument et galopant à perdre haleine ... semblant soudain insensible au vent glacial qui rougissait ses joues ou aux branches nues des arbustes  gelés qui lui griffaient les bras. Elle rentrait au petit matin, une lueur étrange animant son regard fiévreux.

    Mais bientôt, les gens se plaignirent des attaques sanglantes provoquées par une meute de loups.... une meute obéissant à une superbe et inquiétante louve blanche. La vie des paysans se transforma alors en cauchemar dus aux robustes bêtes aux dents tranchantes. Et, surmontant la mêlée de poils gris et argentés des mâles et restant un peu à l'écart de la meute, la fourrure immaculée et l'étrange lueur de haine dans les yeux mordorés de la louve blanche.

    LA LÉGENDE DE LA LOUVE BLANCHE DU CHÂTEAU DE TOUFFOU -  POITOU

    Quand Géraud de Touffou rentra de croisade et apprit les ravages que provoquait la louve blanche et sa meute enragée dans toute la région, il se jura d'y mettre fin aussitôt. Après des jours de traque incessante dans les bois gelés et blanchis par la neige, il finit par la trouver et après un combat difficile... lui tranche une de ses pattes avant. La bête s'enfuit en hurlant de douleur de façon sinistre.

    Le châtelain, content, s'apprêtait à ranger son trophée dans un sac quand il poussa un cri d'horreur en réalisant que la patte de la louve blanche, qu'il tenait un instant avant dans la paume de sa main, venait de se transformer sous ses yeux en une main humaine... une main féminine couleur d'ébène... celle de son épouse. L'anneau qu'il lui avait donné le jour de son mariage brillait encore à son petit doigt. Le doute ne lui était  hélas plus permis : sa femme était une sorcière !

    Il la retrouva dans la chambre nuptiale, gémissant de douleur dans la pénombre, les draps de brocart argenté ruisselant du sang coulant de sa main mutilée. Il dégaina son épée, lui planta en plein cœur, avant de descendre le cadavre et de le brûler sur un petit bûcher fabriqué à la hâte dans la cour du château.

    LA LÉGENDE DE LA LOUVE BLANCHE DU CHÂTEAU DE TOUFFOU -  POITOU

    Géraud de Touffou ne se remit jamais de sa mésaventure. Devenu fou de chagrin, il erra dans la campagne poitevine et mourut de froid à la fin de ce sinistre hiver.

    Les siècles ont passés, mais des anciens racontent encore parfois ,aux veillées, cette histoire devenue légendaire au fil du temps. Et certains jurent avoir aperçu, les nuits de pleine lune, dans les environs du château, la silhouette fantomatique d'une étrange louve blanche au regard mordoré, accompagnée de loin par un chevalier silencieux, qui semble veiller sur ses déplacements nocturnes.

    LA LÉGENDE DE LA LOUVE BLANCHE DU CHÂTEAU DE TOUFFOU -  POITOU

    (Merci au site Anecdotrip qui m'a permis de redonner vie à cette jolie légende poitevine)

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    CONTE EN ATTENDANT NOËL - LES SABOTS DU PETIT WOLFF

    Il était une fois, il y a si longtemps que tout le monde a oublié la date, dans une ville du Nord de l'Europe dont le nom est si difficile à prononcer que personne ne s'en souvient, il était une fois donc, un petit garçon de sept ans nommé Wolff, orphelin de père et de mère, et resté à la charge d'une vieille tante, personne dure et avaricieuse, qui n'embrassait son neveu qu'au Jour de l'An, et qui poussait un grand soupir de regret chaque fois qu'elle lui servait une écuelle de soupe.

    CONTE EN ATTENDANT NOËL - LES SABOTS DU PETIT WOLFF

    Mais le pauvre petit était d'un si bon naturel qu'il aimait tout de même la vieille femme, bien qu'elle lui fit parfois peur, et qu'il ne put regarder sans trembler la grosse verrue ornée de quatre poils gris, qu'elle avait au bout du nez.

    Comme la tante de Wolff était connue de toute la ville pour avoir pignon sur rue et de l'or plein un vieux bas de laine, elle n'avait pas osé envoyer son neveu à l'école des pauvres. Mais elle avait tellement chicané pour obtenir un rabais, avec le magister chez qui le petit Wolff allait en classe, que ce mauvais pédant, vexé d'avoir un élève si mal vêtu et payant si mal, lui infligeait très souvent, et sans justice aucune, l'écriteau dans le dos et le bonnet d'âne, et excitait même contre lui ses camarades, tous fils de bourgeois cossus, qui faisaient de l'orphelin leur souffre-douleur.

    Le pauvre mignon était donc malheureux comme les pierres du chemin, et se cachait dans tous les coins pour pleurer... Quand arrivèrent les fêtes de Noël. La veille du grand jour, le maître d'école devait conduire tous ses élèves à la Messe de Minuit, et les ramener ensuite chez leurs parents.

    Or, comme l'hiver était très rigoureux cette année-là, et comme depuis plusieurs jours, il était tombé une grande quantité de neige, les écoliers vinrent tous au rendez-vous, chaudement emmitouflés, avec bonnets de fourrures enfoncés sur les oreilles, triples vestes, gants et mitaines de tricot et bonnes grosses chaussures à clous et à fortes semelles. Seul le petit Wolff se présenta, grelottant sous ses habits de tous les jours et des dimanches, et n'ayant aux pieds que des chaussons de Strasbourg dans de lourds sabots.

    Ses méchants camarades, devant sa triste mine et sa dégaine de paysan, firent sur son compte mille risées. L'orphelin était tellement occupé à souffler sur ses doigts et souffrait tant de ss engelures qu'il n'y prit pas garde. Et la bande de gamins, marchant deux par deux, se mit en route pour la paroisse.

    CONTE EN ATTENDANT NOËL - LES SABOTS DU PETIT WOLFF

    Il faisait bon dans l'église, qui était toute resplendissante de cierges allumés. Et les écoliers, excités par la douce chaleur, profitèrent du tapage de l'orgue  et des chants pour bavarder à mi-voix. Ils vantaient les réveillons qui les attendaient dans leurs familles. Le fils du bourgmestre avait vu, avant de partir, une oie monstrueuse, que des truffes tachetaient de points noirs, comme un léopard. Chez le premier échevin, Il y avait un petit sapin dans une caisse, aux branches duquel pendaient des oranges, des sucreries et des polichinelles. Et la cuisinière du tabellion avait attaché derrière son dos, avec une épingle, les deux brides de son bonnet, ce qu'elle ne faisait que dans ses jours d'inspiration, quand elle était sûre de réussir son fameux plat sucré.

    Et puis les écoliers parlaient aussi de ce que leur apporterait le petit Noël, de ce qu'il déoserait dans leurs souliers, que tous auraient soin, bien entendu, de laisser dans la cheminée avant d'aller se mettre au lit. Et dans les yeux de ces galopins, éveillés comme une poignée de souris, étincelait par avance la joie d'apercevoir, à leur réveil, le papier rose des sacs de pralines, les soldats de plomb rangés en bataillon dans leur boîte, les ménageries sentant le bois verni et les magnifiques pantins habillés de pourpre et de clinquant.

    Le petit Wolff, lui, savait bien par expérience, que sa vieille avare de tante l'enverrait se coucher sans souper. Mais naïvement, et certain d'avoir été toute l'année aussi sage et laborieux que possible, il espérait que le petit Noël ne l'oublierait pas, et il comptait bien, tout à l'heure, placer sa paire de sabots dans les cendres du foyer.

    La messe de Minuit terminée, les fidèles s'en allèrent, impatients du réveillon, et la bande des écoliers, toujours deux par deux et suivant le pédagogue, sortit de l'église. Or, sous le porche, assis sur un banc de pierre surmonté d'une niche ogivale, un enfant était endormi, un enfant couvert d'une robe de laine blanche et pieds nus, malgré la froidure. Ce n'était pas un mendiant, car sa robe était propre et neuve et près de lui, sur le sol, on voyait liés dans une serge une équerre, une hache , une bisaiguë, et les autres outils de l'apprenti-charpentier. Éclairé par la lueur des étoiles, son visage aux yeux clos avait une expression de douceur divine, et ses longs cheveux bouclés, d'un blond roux, semblaient allumer une auréole autour de son front. Mais ses pieds d'enfant, bleuis par le froid de cette nuit cruelle de décembre, faisaient mal à voir.

    Les écoliers, si bien vêtus et chaussés pour l'hiver, passèrent indifférents devant l'enfant inconnu. Quelques-uns même, fils des notables les plus importants de la ville, jetèrent sur ce vagabond un regard où se lisait tout le mépris des riches pour les pauvres, des gras pour les maigres.

    Mais le petit Wolff, sortant de l'église le dernier, s'arrêta tout ému devant le bel enfant qui dormait. 

    "Hélas, se dit l'orphelin, c'est affreux ! Ce pauvre petit va sans chaussures, par un temps si rude. Mais ce qui est encore pis, c'est qu'il n'a même pas, ce soir, un soulier ou un sabot à laisser devant lui pendant son sommeil, afin que le petit Noël y dépose de quoi soulager sa misère !"

    Et emporté par son bon cœur, Wolff retira le sabot de son pied droit, le posa devant l'enfant endormi, et comme il put, tantôt à cloche-pied, tantôt boitillant et mouillant son chausson dans la neige, il retourna chez sa tante.

    "Voyez le vaurien ! s'écria la vieille, pleine de fureur au retour du déchaussé. Qu'as-tu fais de ton sabot, petit misérable ?"

    Le petit Wolff ne savait pas mentir, et bien qu'il grelottait de terreur en voyant se hérisser les poils gris sur le nez de la mégère, il essaya, tout en balbutiant, de conter son aventure.

    Mais la vieille avare partit d'un effrayant éclat de rire.

    "Ah ! Monsieur se déchausse  pour les mendiants ! Ah ! Monsieur dépareille sa paire de sabots pour un va-nu pieds ! Voilà du nouveau, par exemple ! Et bien, puisqu'il en est ainsi, je vais laisser dans la cheminée le sabot qui te reste, et le gentil Noël y mettra cette nuit, je t'en réponds, de quoi te fouetter à ton réveil.... Et tu passeras ta journée de demain au pain sec et à l'eau... Et nous verrons bien si, la prochaine fois, tu donnes encore tes chaussures au premier vagabond venu ! "

    Et la méchante femme, après avoir donné au pauvre petit une paire de gifles, le fit grimper dans la soupente où se trouvait son matelas.  Désespéré, l'enfant se coucha dans l'obscurité, et s'endormit bientôt sur son oreiller trempé de larmes. 

    Mais le lendemain matin, quand la vieille réveillée par le froid et secouée par son catarrhe, descendit dans sa salle basse, ô merveille, elle vit la grande cheminée pleine de jouets étincelants, de sacs de bonbons magnifiques, de richesses de toute sorte. Et devant ces trésors, le sabot droit, que son neveu avait donné au petit vagabond, se trouvait à côté du sabot gauche, qu'elle avait mis là cette nuit-là et où elle se disposait à planter une paire de verges.

    CONTE EN ATTENDANT NOËL - LES SABOTS DU PETIT WOLFF

    Et comme le petit Wolff, accouru aux cris de sa tante, s'extasiait ingénument devant ces splendides cadeaux de Noël, voilà que de grands rires éclatèrent au dehors. La femme et l'enfant sortirent pour savoir ce que cela signifiait, et virent toutes les commères réunies autour de la fontaine publique. Que se passait-il donc ?

    Oh ! Une chose bien plaisante et bien extraordinaire ! Les enfants de tous les richards de la ville, ceux que leurs parents voulaient surprendre par les plus splendides cadeaux, n'avaent trouvés que des verges dans leurs souliers. 

    Alors l'orphelin et la vieille femme, songeant à toutes les richesses qui étaient dans leur cheminée, se sentirent pleins d'épouvante. Mais tout à coup, on vit arriver Monsieur le Curé, la figure bouleversée.  Au-dessus du banc placé près de la porte de l'église, à l'endroit même où, la veille, un enfant vêtu d'une robe blanche et pieds nus, malgré le grand froid, avait posé sa tête ensommeillée, le prêtre venait de voir un cercle d'or, incrusté dans les vieilles pierres.

    Et tous se signèrent dévotement, en comprenant que ce bel enfant endormi, qui avait auprès de lui ses outils de charpentier, était Jésus de Nazareth en personne, redevenu pour une heure celui qu'il était quand il travaillait dans la maison de ses parents, et ils s'inclinèrent devant ce miracle que le Bon Dieu avait voulu faire pour récompenser la confiance et la charité d'un petit orphelin.

    CONTE EN ATTENDANT NOËL - LES SABOTS DU PETIT WOLFF

     

    François Coppée (Tiré du site "touslescontes.com")

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  • Légende de la Dame de Saint-Martial

    A Saint-Martial, petit village dominant fièrement la vallée de la Creuse, on construisit jadis un nouveau cimetière. C'était en 1891. Pour cela on choisit, à la sortie du village, un vaste emplacement tout couvert d'herbes folles, que l'on ceinturât d'un mur de pierres bien taillées par les maçons de chez nous. L'enclos resta vide un bon moment car personne ne mourait plus. Même les plus vieux s'étaient mis à résister à la mort, des peur de rester seuls dans le nouveau cimetière, un peu trop à leurs goût en retrait de la compagnie des vivants.

    Or il y avait dans un manoir voisin à La Gorce, une jeune châtelaine qui s'en allait doucement, d'un mal incurable. Elle était jeune et belle encore. Son époux et elles s'étaient connus dés l'enfance, et celui-ci souffrait fort de vois sa bien-aimée dépérir, sans rien pouvoir faire que de prier pour elle et de s'en remettre à Dieu. De très longs mois passèrent, qui ne firent qu'accentuer leur amour et la douleur d'avoir à se quitter bientôt.

    Un après-midi de fin d'été, se sentant au bout de sa route, la dame fit appeler son époux.

    "Je sens que je vais partir, Monsieur ! lui dit-elle doucement. Je dois vous avouer que ce n'est pas la mort qui m'effraie, mais plutôt de me retrouver seule dans ce nouveau cimetière puisque je le sais, c'est désormais là-haut que l'on me mènera."

    "Ne vous tourmentez pas, ma douce amie, vous n'y serez point seule longtemps !" dit-il en lui cachant ses larmes.

    A la brume de la nuit, la Dame rendit son âme à Dieu. Les femmes du village, appelées en hâte, la revêtirent de sa robe de mariée et la firent reposer sur le lit conjugal, au pied duquel on alluma deux cierges bénits.

    Le châtelain la veilla seul, la nuit et toute la journée du lendemain. Il ne voulut rien manger ni boire, et ne se rasa point. Le soir, il ordonnât que l'on cueillit toutes les roses encore fleuries au jardin. Il les effeuilla un peu partout dans la chambre, et en garda un petit bouquet qu'il déposa sur la poitrine de la chère morte, qui semblait lui sourire, d'un sourire d'amour.

    Au petit matin, les domestiques stupéfaits trouvèrent leurs maîtres allongés l'un près de l'autre, et dormant du même sommeil éternel. 

    Le lendemain, tandis que toutes les cloches sonnaient le glas, les deux cercueils furent portés côte à côte, à dos d'hommes, jusqu'au nouvel enclos des morts. Pour leur sépulture, on choisit le plus bel emplacement, tourné vers les Monts de la Creuse, au pied duquel on planta des rosiers blancs.

    Le cimetière s'est bien rempli depuis, on l'a même agrandi... mais aucune tombe ne ressemble à celle des châtelains de la Gorce, que l'on devine à peine, enfouie à jamais sous un épais buisson de roses blanches très odorantes, et dont les racines se sont depuis longtemps mêlées aux cendres des défunts. 

    (Légende tirée du livre "Contes du Pays Creusois - Les Veillées De Chanvre)

    Légende de la Dame de Saint-Martial

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  • LA NAISSANCE DES PIERRES JAUMÄTRES

    Il était une fois une tribu de géant qui vivaient sur le Mont Barlot. Cela se passait il y a très longtemps,, bien avant que les Celtes ne construisent la ville de Tulum, qui deviendra plus tard Sainte-Croix, et bien avant Que le Roi Arthur ne vienne faire la guerre contre les habitants de Bourges.

    Les géants dont parlent notre histoire étaient nombreux, environ une cinquantaine. On les reconnaissait à leurs grands pieds, à leurs muscles impressionnants et à leurs tailles gigantesques. Les nouveaux-nés mesuraient cinq mètres et les adultes vingt mètres. Ils vivaient en communauté, les grands-parents, les parents et les enfants tous ensembles. Ils avaient un chef nommé Tolbar, qu'ils respectaient beaucoup.  Celui-ci se faisait aider dans ses fonctions par un conseiller, le plus âgé et le plus sage de tous les géants, qui s'appelait Kasnou. Les hommes chassaient pendant que les femmes faisaient la cuisine pour les banquets qui se déroulaient tous les soirs, et pendant que les enfants jouaient à saute-mammouth.

    Les géants un jour décidèrent d'habiter le Mont Barlot qui était en altitude, facile à défendre en cas d'attaque et où il faisait bon vivre. En ces temps-là, la colline était couverte d'arbres, de grands chênes au magnifique feuillage vert, de hauts peupliers, de saules pleureurs, de bouleaux et de hêtres. Là coulaient des ruisseaux à l'eau si claire que l'on pouvait y voir les poissons nager. Ce paradis était également habité par de petits lutins de la taille d'une fourmi, qui avaient beaucoup d'amis : les oiseaux, les lapins et les écureuils. Ces lutins étaient les protecteurs de la Nature.

    Vous pourriez penser que ce petit peuple vivait heureux, et bien détrompez-vous, car les géants leur en faisaient voir de toutes les couleurs. Ces derniers saccageaient la végétation, polluaient les ruisseaux, assassinaient des milliers d'oiseaux pour les dévorer. De plus, un jour, ils décidèrent aussi de détruire la forêt pour se construire une immense échelle...

    En effet, ils se demandaient comment flottaient les nuages dans le ciel et ce qu'il y avait au-dessus. Ils choisirent donc les plus gros chênes pour faire les barreaux. Ils les coupèrent ensuite en barreaux de deux mètres de long, ils prirent les peupliers les plus longs pour faire les montants et ils collèrent les morceaux avec la sève des arbres. Comme il n'y avait jamais assez de barreaux, ils déracinèrent et coupèrent d'autres arbres, tellement qu'il n'en restât plus un sur le Mont Barlot.

    La construction de cette échelle leur prit beaucoup de temps... Comme ils étaient paresseux de nature, qu'ils festoyaient tous les soirs et que leurs banquets se terminaient très tard, ils ne travaillaient en tout et pour tout que quatre heures par jour. 

    Pendant ce temps, très énervés par le projet des géants, les lutins et les autres protecteurs de la Nature se rassemblèrent de toute urgence au sommet du Mont. Leur chef, Tullin, approuvait la colère de ses sujets, mais en tant que chef raisonnable, il tenta de les apaiser.

    "Calmez-vous ! leur dit-il. Nous allons appeler à notre secours les dieux et les déesses de la Nature, pour leur demander conseil."

    Tullin prit sa flûte et joua un air qui fit apparaître la Déesse des Fleurs et celle de l'Eau.  Puis il rit son tambour en peau de bison ainsi que la corne torsadée de ce cheval fabuleux qu'on appelle encore aujourd'hui la licorne, et il se mit à jouer pour inviter les Dieu des Arbres et celui des Pierres. Les Dieux et Déesses rassemblées écoutèrent la colère du chef des lutins et eux-mêmes devinrent fous furieux en constatant la gravité de la situation. Ils s'exclamèrent alors :

    "Nous n'allons pas laisser les géants saccager plus longtemps notre belle Nature ! Nous n'allons pas permettre non plus qu'ils viennent nous déranger dans notre Paradis Céleste... Nous allons nous venger."

    Pendant ce temps, les géants avaient déjà planté l'échelle très profondément en terre, et leur chef, Tolbar, commençait à en gravir les barreaux. Quelques minutes plus tard, à 3000 mètres d'altitude, il n'avait toujours pas atteint de nuage. Il continua encore 100 mètres, en traversa un et se reposa un moment. Il était épuisé par l'effort mais se dit à ce moment-là que s'il redescendait, les autres géants ne cesseraient plus de se moquer de lui. Alors il continua. 200 mètres plus haut, il traversa une deuxième couche de nuages, dont il but l'eau de pluie, et mangea un nuage en forme de barbe à papa. Enfin, il franchit la dernière couche de nuages, au-dessus desquels les Dieux et Déesses l'attendaient impatiemment.

    Une divinité lui cria alors :

    "Vous avez détruit la forêt, pollué les ruisseaux et tué nos animaux !"

    Un autre renchérit :

    "Vous avez dépassé les bornes !"

    Un troisième vociféra :

    "Vous avez été odieux avec nos amis les lutins, protecteurs de la Nature. Et vous avez osé traversé notre territoire sacré qui doit rester secret aux yeux des mortels !"

    Le roi et la Reine des Dieux prononcèrent alors le verdict.

    "Les géants doivent être sévèrement punis, et la punition sera terrible !"

    Les Dieux transformèrent alors le chef des géants en immense pierre, et d'un coup de pied l'expulsèrent des nuages. Pendant ce temps, sur le Mont Barlot, les autres géants attendaient toujours le signal de leur chef pour grimper eux aussi à l'échelle. Et ils furent effrayés par ce qu'ils virent alors.

    Un petit point noir, qui grossissait à vue d’œil, se rapprochait d'eux à toute vitesse. Ils crurent alors que le Ciel leur tombait sur la tête et pris de panique, ils essayèrent de s'enfuir dans tous les sens, mais en vain. Car lorsque la pierre touchât le sol, chaque géant, adulte ou enfant, se métamorphosa en gigantesque bloc de granit. 

    Et c'est ainsi que naquirent les Pierres Jaumâtres, au sommet du Mont Barlot. Quand aux petits lutins, ils replantèrent tous les arbres, et leurs descendants vivent encore dans la forêt de Sante-Croix. De nos jours, ils ne peuvent être vus que par les enfants sages qui respectent Dame Nature et croient encore à cette légende.

    LA NAISSANCE DES PIERRES JAUMÄTRES

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  • A la Sainte Catherine, le 25 novembre, on fête les fillettes mais aussi les Catherinettes, c'est-à-dire les jeunes filles ayant dépassé l'âge de 25 ans sans être mariées.

    La tradition veut que l'on confectionne aux Catherinettes des chapeaux extravagants, où le vert et le jaune prédominent et qu'elles porteront tout au long de cette journée festive. La couleur verte symbolise l'espoir (de se marier) tandis que la couleur jaune symbolise la sagesse (acquise avec les années). Cette tradition, autrefois suivie dans tous les milieux, à la ville comme à la campagne, s'est beaucoup perdue, sauf dans les maisons de couture, les magasins de mode et chez les modistes.

    Quant aux fillettes, c'est surtout dans le nord de la France que perdure la tradition de leur envoyer une carte pour la Sainte Catherine.

    Foire de Sainte Catherine

    Dans les campagnes, la Sainte Catherine est également associée à une Foire qui se tient aux alentours du 25 novembre. La Foire Sainte Catherine permet aux éleveurs de présenter leurs bestiaux au public. Cette foire était autrefois l'occasion idéale pour les jeunes hommes de rencontrer une Catherinette afin de mettre fin à son célibat...

    Jour idéal pour les plantations

    Pour les jardiniers, le jour de la Sainte Catherine est réputé idéal pour planter boutures et plantes à racines nues, ainsi que l'affirme le dicton : "A la Sainte Catherine, tout bois prend racine".

    Coutume canadienne

    Au Canada une tradition liée à la Sainte Catherine reste vivante encore aujourd'hui, celle de fabriquer la tire, une confiserie à base de mélasse et de cassonade. A l'origine, le but était pour les Catherinettes de démontrer leur talent de cuisinière en offrant cette gourmandise aux hommes célibataires !

     

    Les origines de la fête de Sainte Catherine

    A l'origine de toutes ces traditions, il y a la vie légendaire de Sainte Catherine d'Alexandrie.

         
     


    Catherine, fille du roi d'Arménie Costos, vit le jour à Alexandrie tout au commencement du IVe siècle. A dix sept ans, elle était la jeune fille la plus jolie et la plus savante de tout l'empire romain. Ayant eu les meilleurs précepteurs de ce temps là, servie par une intelligence vive et ayant des dons pour les études, elle était parvenue à un niveau si élevé de connaissances scientifiques qu'aucun savant d'Alexandrie n'osait débattre avec elle. 

    Désirant rester vierge, elle annonça dans son entourage qu'elle n'épouserait qu'un prince aussi beau, aussi intelligent et aussi instruit qu'elle. On décèle là une petite touche d'orgueil mais aucun des prétendants ne put empêcher des deux conditions. Quand il se présentait un d'agréable tournure et de visage avenant, il était sot, et quand par hasard un savant se mettait sur les rangs, il était laid. 

    Un ermite qui vivait à Alexandrie, Ananias, et qui avait des relations dans l'au delà, lui prédit que seule la vierge Marie lui procurerait l 'époux rêvé. La nuit suivante, la vierge apparut à Catherine dans son sommeil. Elle était avec son fils, encore enfant :

    • Le veux tu demanda-t-elle à Catherine ?
    • Oui !
    • Et toi, la veux tu pour épouse ?
    • Non ! Elle est trop laide ! Rétorqua l'enfant et ils disparurent.


    Catherine qui se savait la plus belle femme de tout l'empire, reçut un choc, on le conçoit. Anasias, consulté, lui expliqua que sa laideur n'était point physique, mais seule son âme orgueilleuse était sans beauté. Elle voulut alors que l'ermite l'introduisit dans les vérités de la foi. Il la baptisa, la rendit humble et seulement alors, dit la légende que le Christ la trouva belle. La vierge donna à Catherine un anneau et c'est ce qu'on appela ' le mariage mystique de Sainte Catherine.

    Catherine vivait à Alexandrie quand l'empereur Maxence visita la ville. Elle hésita pas à aller le trouver pour lui reprocher vivement les persécutions qu'il ordonnait envers les Chrétiens et lui prouver également la fausseté de la religion de l'État qui obligeait à adorer des idoles. Maxence, devant les arguments de Catherine, fut incapable de lui donner la réplique et pour la confondre, il convoqua les cinquante meilleurs philosophes de la province d'Alexandrie.

    Elle débattit contre ces savants païens tant et si bien qu'elle les convertit tous jusqu'au dernier. L'Empereur Maxence, vexé, les fit tous brûler vifs ainsi que sa femme Augusta qui trouvait juste les thèses de la jeune savante. Pour faire bonne mesure, il fit brûler aussi son aide de camp Porphyre et deux cents officiers qui après avoir entendu disputer la jeune fille contre les philosophes, se proclamèrent chrétiens tant leur enthousiasme était grand.

    Catherine fut enfermée dans un cachot et sachant le sort qui lui était destiné, elle attendit son supplice sans inquiétude. On fit venir une horrible machine qui consistait en quatre roues, armées de pointes, de lames et de scies tournant en sens inverse. On introduisit Catherine dans la machine et les soldats tournèrent les roues. Le beau corps de la jeune fille ne fut plus qu'une bouillie sanglante que des anges recueillirent et portèrent sur le Sinaï, et avant de l'ensevelir, ils lui rendirent sa première apparence.

    Pure et sans tâche, elle est la patronne des jeunes filles ; instruites de toutes les sciences de son temps, elle est la patronne des étudiants, et les philosophes la vénèrent en souvenir du débat qu'elle soutint contre cinquante d'entre eux et qui causa sa perte : les charrons et les émouleurs, les meuniers et les potiers, la choisirent, eux, à cause des instruments de son supplice.

    La protectrice des filles célibataires

    Son refus de se marier explique tout naturellement pourquoi Sainte Catherine est la patronne des filles célibataires. L'expression "coiffer Sainte Catherine", que l'on emploie lorsqu'une jeune fille arrive à l'âge de 25 ans sans avoir convolé en justes noces, s'explique par une tradition qui remonte au XVIème siècle. En effet, à cette époque, on renouvelait la coiffe de la statue de la sainte dans les églises, et c'était les jeunes femmes célibataires entre 25 et 35 ans qui se chargeaient de cette tâche. De la coiffe au chapeau il n'y a qu'un pas, et c'est donc ce qui explique l'usage pour les Catherinettes de porter un chapeau le 25 novembre ! 

    Il faut savoir que les hommes célibataires ont eux aussi leur saint patron en la personne de Saint Nicolas : en effet, tout comme on dit "coiffer sainte Catherine" pour les filles, on dit "porter la crosse de Saint Nicolas" pour les garçons.

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